Démarche artistique et biographie

Démarche Artistique

Je suis une auteure-compositrice, une interprète et une militante. Je suis aussi une mère, une musicienne et j’ai survécu à un viol. Par conséquent, mon art est devenu ma plateforme de choix pour non seulement apaiser mes souffrances, mais aussi sensibiliser et éduquer une société indifférente à la réalité des survivants, une société qui, en choisissant de rejeter la fragilité et la différence, se prive de beauté, de forces et de beaucoup d’humanité.

Si les êtres humains sont naturellement empathiques, les préjugés culturels et les croyances qui entourent ces derniers nuisent à leur capacité à faire preuve d’empathie — une pression impitoyable envers nous, les survivants, qui essayons de vivre à la hauteur de ces normes sociales. Notre valeur et notre succès sont évalués à partir de notre aptitude à oublier et à garder le silence jusqu’au jour où forcément nous arrivons à un point de non-retour.

En tant que communauté, ne devrions-nous pas honorer celles et ceux qui ont survécu au pire? N’y a-t-il pas moyen de vivre en paix auprès des autres, en tant que survivant, avec nos diverses fragilités?

Mon art n’a qu’un but ultime : sensibiliser à la stigmatisation afin d’éveiller les autres au sentiment noble qu’est celui de l’empathie face à la cause des victimes.

J’exprime ici les frictions entre l’expérience de la victime et celle de la survivante par rapport à cet idéal imposé par la société et les médias. En partageant mon univers créatif, je permets à d’autres victimes de viol de comprendre différemment leur vie et d’ainsi mieux vivre avec leurs douloureuses réalités, et ce, à l’aide de magnifiques et impressionnants paysages visuels et sonores, du rock à la musique expérimentale.

Ceci est ma mission, mon cadeau, le don que j’offre humblement du plus profond de mon âme.

Marie Martine Bédard

(Crispy French alias de Marie Martine Bédard quand M M avait encore peur que son nom soit associé à celui d’une survivante.)

Biographie

À 16 ans, Marie Martine vole déjà de ses propres ailes après avoir terminé bonne première en guitare classique au collège. Elle sait déjà que le message qu’elle veut livrer comme jeune artiste doit dorénavant prendre plus de place que le simple objectif d’atteindre la virtuosité sur ses instruments de musique.  Si elle trouve difficile, mais important de briser les stigmas dans une industrie où le patriarcat règne, elle ne se doute point alors que des années plus tard un plus gros combat l’attend, celui contre la culture du viol, la stigmatisation et les violences sexuelles.

Figure montante sur la scène underground montréalaise dans les années 80, étudiante en musique à l’Université de Montréal et nouvelle maman, sa carrière de musicienne est soudainement court-circuitée.  Deux mois après avoir donné naissance à son premier fils, au cœur de son quartier, le Plateau Mont-Royal, elle est la proie d’un prédateur sexuel récidiviste. Elle assiste à sa mise à mort pendant que de l’autre côté des vitres du commerce, un soleil d’été baigne la rue Saint-Denis qui elle, déborde de vie.

Forcée d’abandonner ses études et de diminuer ses activités étant sans soutiens, ce n’est que des années plus tard, à la sortie de prison de son agresseur et après qu’il eut refait les manchettes et de nouvelles victimes,  qu’elle se voit plonger dans un plus profond abyme.  Elle renoue avec la musique, le seul chemin qui lui semble possible pour s’en sortir.  Elle fait des recherches sur le stress post-traumatique et notamment l’hippocampe du cerveau dont le nom vient de sa forme courbe ressemblant au cheval de mer. Une première inspiration la submerge pendant qu’un premier lien s’établit entre sa vie de survivante et le cheval de mer. La grande question hippocampique prend naissance.

C’est donc sur les chemins de sa propre guérison que Marie Martine a voyagé dans un univers appartenant au fantastique.  Après une multitude d’aller et retour du fond de l’océan jusqu’au centre même son cerveau elle a décidé de peindre en neuf tableaux sonores l’odyssée des survivants victimes de violences sexuelles.

Si le cheval de mer est un poisson à part qui nage, mange et se reproduit de manière unique, les survivants de violences sexuelles quant à eux vivent aussi de manière singulière.  Si le cheval de mer peuple toutes les mers du globe avec ses multiples facettes, les survivants peuplent tous les continents de notre planète et offrent parfois, comme le cheval de mer, de grandes surprises.  Dans les deux cas, ils peuvent être d’une rare beauté tout en étant fragiles.

 

 

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