M Martine Bédard

Hippocampe

Notes biographiques

Biographical Notes

D’où je viens et où je vais.

Marie Martine Bédard "The Price of Silence" Submission 2013

© S.E. Amesse 2013

 

 Premier mouvement
La danse joyeuse d’une iconoclaste

Artiste multidisciplinaire née à Montréal, j’ai vécu plusieurs vies. Survivante, j’ai sillonné des kilomètres en silence, puis en parole, pour enfin retrouver ma voix.

Enfant issue d’une mère pianiste, j’apprends à lire les notes de musique avant les mots. Adolescente, je transgresse les interdits avec plaisir pour déjouer le sort d’une « fille de bonne famille ». Je termine première de mon collège en guitare classique, mais j’ai besoin d’aventures. Je migre vers les sciences humaines et le Rock’n Roll.

Motos, communes, guitare, tournées, travail de mannequin, amours et études en musique à l’Université de Montréal forment les méandres de mon quotidien. Rien ne m’effraie, l’avenir promet.

C’est à la guitare basse que je fais mes premières armes sur une scène « rock ». Patrick Bourgeois, qui deviendra célèbre avec son groupe les BB, me donne cette chance.

Et puis, une occasion tant espérée se pointe. Je m’allie à mes trois amies d’enfance et la version féminine du groupe alternatif Blue Oil voit le jour. Après le départ d’un des membres de la formation, j’assume le rôle de guitariste solo. Audacieuses, nous nous faisons vite remarquer.

Nous participons à quelques émissions de variétés, présentons plusieurs centaines de spectacles, enregistrons un 45 tours et l’indicatif musical du documentaire de Nicole Giguère « On fait toutes du show-business ». Je livre ma dernière prestation au Club Soda avant de quitter mon groupe d’amies devenues jeunes femmes.

Je donne naissance à mon premier fils.

Ë QuŽbec surla rue Grande-AllŽe, Marie Martine BŽdard

 

Deuxième mouvement
La valse piégée

 

 

Deux mois après mon accouchement, au cœur de mon quartier, le Plateau Mont-Royal, je deviens la proie d’un prédateur sexuel récidiviste. J’assiste à ma mise à mort pendant que de l’autre côté des vitres du commerce, un soleil d’été plonge sur la rue Saint-Denis qui elle, déborde de vie.

L’hiver venu, envers et contre tout, je fonce à la faculté de musique. Désorientée, je n’entends plus les cadences. Tout ce qui était n’est plus. J’abandonne.

Commence alors une bataille de trois ans contre la direction de l’I.V.A.C. chargée d’appliquer la Loi sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels. L’aide à laquelle j’ai droit ne m’est pas accordée.

Arrestation du prédateur récidiviste Jacques Groleau
Source: Inconnue

 

Troisième mouvement
Chaconne à cinq pas

Coûte que coûte, j’entreprends de nouveaux projets. Avec « Sense of Doubt » et une démo solide, je me rends, avec ma chanteuse et collaboratrice Elana Harte, aux bureaux de Geffen Records, en Californie. De Montréal, Jane McGarrigle démontre de l’intérêt pour mon travail. Suivent quelques spectacles et l’enregistrement d’une nouvelle maquette avec la participation de Jean-François Lemieux à la guitare basse et de Johanne Blondin à la batterie. Glen Robinson assure la production.

À cela, s’ajoutent des cours de Bel Canto qui me permettent d’assumer le rôle de chanteuse et de guitariste au sein de « Cloak and Dagger ». Un album est lancé à l’automne 1996 : Grey Zone.

 

Et puis, à coups de marteau, de peurs et de courage, je bâtis ma maison. Ce projet s’impose avec la naissance de mon deuxième fils et l’environnement de calme, en apparence, que cela me procure. Le développement de l’entreprise familiale Martin Roy et associés, firme en génie bioclimatique, devient ainsi une priorité et un grand défi à relever.

En 2002, l’action citoyenne m’aide à renouer avec le monde. Je mets sur pied, à titre de cofondatrice, le Comité des citoyens de Deux-Montagnes que je préside jusqu’en 2005.

En 2004, invitée par Daniel Breton à devenir membre de son conseil exécutif, je participe à la création de la Coalition Québec-Vert-Kyoto.

En 2005, ayant remarqué mes réalisatons faisant la promotion d’une « vision verte », la Ville de Deux-Montagnes m’invite à siéger au comité consultatif d’urbanisme.

En 2008, je deviens membre du conseil d’administration et du comité exécutif de la Fondation Rivières. Je milite aussi pour le Parti vert du Canada. Candidate à trois élections, je suis nommée Représentante du Québec au conseil fédéral.

Durant cette dernière tranche de vie, mes guitares demeurent suspendues aux murs, muettes. Seul le vent qui souffle à l’intérieur des rosaces réussit à faire bourdonner mes instruments acoustiques. Ma Gibson, elle, reste avare de paroles, déconnectée. 

 

Quatrième mouvement
Le Boléro

En 2006, je choisis de braver le temps et ma fragilité, je décroche une première guitare.

En 2007, j’entreprends des démarches visant à voir mon agresseur déclaré délinquant dangereux, mais on le libère. Dans l’actualité, ses nouveaux crimes font couler beaucoup d’encre. Ma condition de stress post-traumatique lié à mon histoire et que j’avais pris soin de garder sous verrou s’en trouve exacerbée, mais pas question d’abandonner cette bataille qui semble avoir durée toute une vie.

En 2009, je m’inscris au prestigieux « Berklee College of Music », Berklee Online. Point marquant, vertige ou pas, une nouvelle vie s’amorce.

En 2010, je reçois le « Steve Vai Celebrity Scholarship ». Cela ne signifie pas que je suis une virtuose, mais simplement une élève engagée à parfaire cet art que j’ai fait mien.

Et puis, quelques mois plus tard, je revois mon agresseur, enchaîné, à assister à ce que j’espère être le prononcé de sa dernière sentence. Il a fait au moins cinq nouvelles victimes.

Enfin, la même année, et ce malgré mon besoin criant d’être soutenue dans ma démarche, mon complice de vie me quitte. Nouvel écueil.  Hors de question cette fois d’être emportée par la tempête. De retour sur la scène de ma propre vie, je demande la réouverture de mon dossier auprès de l’I.V.A.C. Cette fois, j’obtiens l’aide sollicitée.

Je prendrai le temps qu’il faut, mais rien ne pourra plus m’arrêter.

Coda
La 9e

Convaincue que le changement est une question de responsabilité individuelle et collective, je puise dans mes expériences de vie et mes traumatismes pour réaliser les projets qui me tiennent à cœur.

Je poursuis mes études afin d’obtenir mon  « Dual Bachelor of Professional Studies in Music Business and Songwriting».

Je m’investis dans la croissance de ma nouvelle vie professionnelle avec l’enregistrment d’un album, la composition de nouvelles musiques. Je compte aussi trouver le courage de remettre les pieds sur les planches bientôt.

Et, pour que la survivance résonne au-delà de ma propre expérience, j’espère aider d’autres survivantes pour aller au-delà de ma propre expérience d’avec le viol, la violence et le stress post-traumatique . Je tiens à sensibiliser et à démystifier ces drames de l’existence aux fins de prévention et de soutien.

À surveiller l’album « La grande question hippocampique » qui sera un voyage en 9 tableaux de paysages sonores et visuels parfois en complète dissonance avec la normativité sociale, mais toujours au diapason de mon expérience de vie.

Ma démarche reste engagée et intimement liée à mon expérience vitale.

Je migre de l’activisme à l’artivisme

Merci à :

Mes amis et ma famille pour leur précieux commentaires et leur écoute. Merci en particulier à Sylvaine, Vincent, Marie-Chritine, Anne-Martine et Claude. Merci à Dany Brouillette pour la révision et à Stéphanie AmesseNicole Giguère, Michel Paul, Daniel Desmarais et Andrée Martin pour leurs photos.   

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